Shab Rumi

FREDERIC DUMAS lors du tournage du film

Frédéric  Dumas lors du tournage du film « Le monde sans soleil » en Mer Rouge.     Coll. privée Dumas; numérisation et restauration Bernard Laire

Profitons de l’anniversaire de Précontinent 3, manifestation magistralement conduite par Sandrine Zaegel et ses collègues, samedi 19 septembre à Marseille pour faire un peu d’histoire avec Précontinent 2  dont Frédéric Dumas nous rend compte dans le texte qui suit. Texte que nous illustrons de photos prises par Frédéric Dumas (diapositives prêtées par la famille et traitées par Bernard Laire; malgré tout certaines couleurs ont été modifiées par le temps, elles n’en ont que plus de valeur).

Frédéric Dumas  « Trente siècles sous la mer » Editions France-Empire. 1972

SHAB RUMI

 « Shab Rumi, récif du chrétien, curieuse analogie avec la roche de la Chrétienne où j’ai tant appris sur le bateau antique.

« Juillet 1963. Accrochés au récif de corail par une chaleur à peine supportable, nous tournons « Le Monde sans soleil ».

Diapo Frédéric Dumas. Transfert Bernard Laire. Coll. privée, reproduction interdite.

Diapo Frédéric Dumas. Transfert Bernard Laire. Coll. privée, reproduction interdite.

« Mer Rouge, vieille amie de la Calypso. Nous l’aimons pour la transparence de son eau bleue, son ciel pur, sa sérénité de mer étroite, ses côtes désertes où le sable blanc monte aux pentes chamois de montagnes mauves. Climat idéal en hiver, la tiédeur de l’eau fait du bien à la peau. Ses poissons : une fête de tous les jours. Nous l’aimions malgré ses requins entreprenants.

idem

Une baliste. Diapo Frédéric Dumas, transfert Bernard Laire. 

 « Le retard inhérent à une expédition de cette envergure nous a mis au cœur de la mer Rouge en été, à une quarantaine de kilomètres de Port Sudan et une vingtaine de la côte, perdue dans une brume de chaleur. De l’atoll allongé, seule une petite balise dépasse au loin sur la mer immobile. Les parois extérieures du récif descendent verticales pendant trois cents mètres. Le lagon a trente mètres de fond. La Calypso est accrochée à l’extérieur, et il faut descendre à soixante-dix mètres sous le bateau pour trouver une vague sensation de fraîcheur. Nous cuisons en plongée dans nos vêtements d’hiver imposés par le scénario. La nuit n’apporte aucun soulagement et nous filmons jour et nuit, à moitié conscients, abrutis de travail, de fatigue et de chaleur.

idem

Diapo Frédéric Dumas, transfert Bernard Laire.

« Rôtie de soleil, assaillie par la bourbouille, Simone Cousteau n’a jamais été aussi vaillante. Avec une bonne humeur sans défaillance, elle dépense une incroyable énergie pour aider les uns et les autres, nous rendre la vie plus agréable.

 « Le cargo italien Rosaldo a transporté les maisons du village sous la mer. Il est mouillé dans le lagon…entré par miracle à travers une passe étroite. Sur la plage arrière, en face de nous, les marins italiens, à l’abri d’une tente, dans un léger courant d’air, sirotent un pastis glacé en jouant aux cartes. Parfois, pour se délasser de leur inaction, ils s’amusent à récolter des coraux, des coquillages, et fabriquent de petits ensembles cimentés d’un goût douteux mais qui les ravissent. Quand l’un de nous peut s’échapper un instant, il va leur dire bonjour pour jouir du spectacle réconfortant de leur farniente.

Au premier plan la soucoupe plongeante et au fond le cargo italien

Au premier plan la soucoupe plongeante et au fond le cargo italien Rosaldo.

Diapo Frédéric Dumas, transfert Bernard Laire.

Diapo Frédéric Dumas, transfert Bernard Laire.

«Hier, en ramassant les matériaux de leur passe-temps, ils ont trouvé des amphores !

 «Je trempe dans l’eau avec Bébert depuis deux heures du matin quand, vers six heures, après un café, nous allons avec les Italiens, à travers le lagon, voir leur trouvaille de l’autre côté du récif. Nous devons terminer la promenade en marchant sur les coraux tout en traînant le youyou du Rosaldo. A nos pieds, soudée sur un pilier de corail mort, telles ces roches qui coiffent les cheminées des fées, une amphore horizontale met fin à notre lente progression. Ils en ont détaché une autre hier. Je mets mon masque et à plat ventre, je cherche autour, vois des tessons et une anse pris dans le corail mort, compact comme du ciment. Que dissimule le récif ? J’ai beau savoir que les romains naviguaient en mer Rouge, mon étonnement se complique d’une certaine émotion.

 « L’amphore frôle la surface, le bateau n’a pu arriver jusque là, la mer l’a brisé sur le bord du large et a traîné ses débris sur la table de corail. La vie du récif a soudé les poteries échouées. La coque a pu aussi s’éventrer sur l’accore et laisser échapper quelques amphores vers les petits fonds, avant de descendre elle-même à des profondeurs où seule notre « soucoupe » pourrait aller la chercher. Si le bateau a coulé dans le lagon, il gît sous le sable blanc que le récif produit sans cesse. Peut-être n’y-a-t-il pas eu naufrage et ces amphores ont-elles été jetées vides par un bateau qui passait quand la brise portait vers le récif.

 « Chercher l’épave ? Je suis découragé d’avance par le sable car, plus qu’aucune côte méditerranéenne, le récif de corail fait comprendre l’importance de la formation du sable et son comportement dans la mer, si importants en archéologie sous-marine.

 « L’érosion du corail mort, par la mer, produit du sable. D’énormes poissons en troupeaux bousculent les touffes de corail avec la bosse de leur front, puis les broient pour se nourrir et déversent des flots de sable par l’autre bout, comme des bennes. Les poissons perroquet en font autant. Cette production continuelle exaspère certains animaux qui vivent dedans. Une espèce de petit homard blafard passe son temps à faire des va-et-vient dans son terrier, pour remonter le sable en le poussant devant lui entre ses pinces écartées, à la manière d’un bulldozer. Le frêle poisson qui partage son terrier suit le manège avec intérêt. De petits poissons sans couleur font aussi des allées et venues dans leur trou et crachent un jet de sable à chaque sortie. D’autres animaux, au contraire, vivent en harmonie avec le sable du récif. Les ménages de balistes, poissons de la taille d’une belle dorade avec de gros yeux qui roulent dans un visage comique, creusent le grand entonnoir de leur nid dans le sable des franges du récif. L’un des époux souffle de l’eau sur la gelée de la ponte, l’autre bondit en tous sens pour chasser les importuns amateurs d’œufs de baliste et éventuellement les plongeurs.

 « L’excès de sable du récif coule par moments en cascade dans les failles verticales des parois extérieures et forme des plages étroites sur les étagères profondes.

« Pour aménager l’emplacement du village sous la mer, nous faisons des terrassements, par huit à dix mètres de fond, avec une benne-charrue  improvisée par Bébert, manœuvrée au bout d’un câble par le treuil de la Calypso.

 « Le sable d’un blanc éclatant repoussé par l’instrument forme une pente vers l’angle où le récif pique dans les grands fonds. Dans cette eau délicieusement tiède, je m’amuse, pour le plaisir des yeux, à déranger l’équilibre du sable en traçant à la main un sillon au bas de la pente. De proche en proche au-dessus du sillon, toute la surface du talus se met en mouvement et coule un instant pour rétablir l’équilibre.

 « Au retour en France, M. Benoît a dit de notre amphore: « type de l’île de Cos, période romaine ».

 « Cette trouvaille ne présente pas un grand intérêt archéologique, mais la situation étrange de ces amphores scellées depuis deux mille ans sur cette table formée par la vie, devrait intéresser  les spécialistes de la croissance du corail. »

Où il est question de rapporter des poissons au musée océanographique de Manaco. Se laisseront

Où il est question de rapporter des poissons au musée océanographique de Monaco.   Se laisseront-ils prendre? 

Venez à moi....

Venez à moi….

Coll. privée.

Au premier plan le quadri-bouteilles. 

Diapo Frédéric Dumas, transfert Bernard Laire.

Diapo Frédéric Dumas, transfert Bernard Laire.

Diapo Frédéric Dumas, transfert Bernard Laire.

Diapo Frédéric Dumas, transfert Bernard Laire.

Petite maison ou grande maison?

Petite maison ou grande maison?

Diapo Frédéric Dumas, transfert Bernard Laire

Diapo Frédéric Dumas, transfert Bernard Laire

Précontinent 2 Shab Rumi.

Précontinent 2 Shab Rumi.

suite

suite

suite

Grande maison, soucoupe et son garage.

suite

suite

Mon petit Liré...sous la mer.

Mon petit Liré…sous la mer.

Quelques repères historiques:

1962 Les 6 et 7 septembre Robert Stenuit passe 24 heures en plongée à saturation à l’héliox à 60 mètres de fond au large de Villefranche sur Mer, dans une tourelle descendue depuis un bateau de surface. Il sort un moment en pleine eau. Opération financée par l’américain Edwin A. Link.

Une semaine après Albert Falco et Claude Wesly demeurent une semaine à l’air naturel dans la première maison sous-marine, Diogène, à 10 mètres de fond en rade de Marseille. Opération baptisée Précontinent I conduite par Jacques-Yves Cousteau. Support logistique OFRS Marseille.

1963 Juillet en mer Rouge Précontinent II. Habitation principale l’ Etoile de mer, garage de la soucoupe 350 l’Oursin à la profondeur de 11 mètres et Station profonde à trois étages à -26 mètres (mélange spécial oxygène, azote et hélium) . Eléments construits à Nice et transportés par le cargo italien Rosaldo. Séjours : dans l’ Etoile de mer : 1 mois, dans la Station profonde : du 4 au 11 juillet occupée par Raymond Kientzy et André Portelatine.

George Bond installe son habitacle à 56 mètres de profondeur aux Bermudes avec l’aide de l’US Navy.

Un sens certain de la mise en scène.

Un sens certain de la mise en scène.

N'oublions pas que certains (Kientzy par exemple) étaient passés par les commandos nageurs de combat...

N’oublions pas que certains (Kientzy par exemple) étaient passés par les commandos nageurs de combat…

Plouf!

Plouf! De belles images pour un beau film.

K